Poème original sur la profession d’avocat
Il est des métiers faits de pierre et de flamme,
Où l’on porte en silence un poids qui ne se voit ;
L’avocat tient debout, quand chancelle une âmae,
Et prête à l’injustice la réplique du droit.
Sa robe n’est pas nuit, ni simple vêtement,
Elle est le noir profond des luttes traversées,
Le signe d’un serment, le sceau d’un engagement,
La mémoire des voix que l’on croyait brisées.
Il écoute longtemps avant que de répondre,
Les faits mal ordonnés, les douleurs sans témoins,
Les familles en guerre, les destins qui s’effondrent,
Les secrets que la honte a gardés dans ses poings.
Puis il taille les mots comme on taille une lame,
Sans blesser inutilement, mais sans jamais céder ;
Il cherche dans la loi ce qui relève l’âme,
Et dans chaque dossier, l’humain à protéger.
Au prétoire, il se lève, et le silence change,
Car sa parole alors n’est plus seulement la sienne :
Elle devient rempart, elle devient échange,
Elle devient combat pour que justice advienne.
Il connaît les attentes au fond des couloirs gris,
Les regards inquiets, les jugements redoutés,
Les nuits où l’on relit ce que le jour a écrit,
Pour trouver l’argument qui peut tout déplacer.
On croit qu’il aime vaincre ; il préfère convaincre.
On croit qu’il cherche l’or ; il poursuit l’équité.
Il sait que certaines causes peuvent le restreindre,
Mais jamais lui ravir sa foi dans la clarté.
Avocat, c’est défendre au bord des certitudes,
Quand le doute s’invite et trouble le chemin ;
C’est tenir tête au sort, aux froides habitudes,
Et rappeler qu’un homme n’est jamais un dossier vain.
Alors, quand vient le soir après l’ultime phrase,
Quand la salle se vide et que retombe le bruit,
Il garde dans le cœur, sous la fatigue qui rase,
La fierté d’avoir servi quelqu’un dans la nuit.



