Chronique illustrée d’une matinée ordinaire au palais
Il y a des matins où l’avocate arrive au palais de justice avec la démarche assurée de celle qui a tout prévu : les conclusions sont relues, les pièces sont classées, le plan de plaidoirie est prêt, la jurisprudence est annotée, et l’agenda semble encore obéir à une forme de logique humaine.
Et puis il y a les autres matins.
Ceux où le réveil a sonné trop tard, où le téléphone a déjà commencé à vibrer avant même le premier café, où un client inquiet demande si “tout va bien se passer”, où l’adversaire a déposé une nouvelle pièce la veille au soir, et où le dossier, par un phénomène encore inexpliqué par la science, a doublé de volume pendant la nuit.
Sur les marches du palais, la solennité de la justice rencontre alors la réalité sportive de la profession. L’avocate devient à la fois sprinteuse, haltérophile, funambule et stratège : sprinteuse pour atteindre la salle d’audience avant l’appel du rôle ; haltérophile pour porter les classeurs, chemises et cotes de plaidoirie ; funambule pour ne pas semer les pièces 12 à 48 sur les marches ; stratège enfin, pour conserver une expression à peu près professionnelle malgré la robe à moitié enfilée, les cheveux en bataille et le souffle court.
Car derrière l’image calme de la plaidoirie, derrière la phrase bien posée et la référence juridique citée avec aplomb, il y a parfois une entrée en scène beaucoup moins académique : une course contre la montre, un cartable qui menace de rendre l’âme, des feuilles qui s’échappent, une robe qui refuse de coopérer et un dossier dont le poids paraît inversement proportionnel au temps restant avant l’audience.
L’avocate sait pourtant une chose : il faut avancer. Une marche après l’autre, un classeur après l’autre, une urgence après l’autre. La justice a ses délais, ses renvois, ses incidents, ses conclusions adverses et ses surprises. L’avocate, elle, a ses escaliers, ses dossiers trop lourds, son énergie, son humour… et cette capacité remarquable à transformer la panique du matin en plaidoirie parfaitement maîtrisée quelques minutes plus tard.
Moralité : au palais, la robe fait l’avocat, mais les dossiers font les mollets.


